Vers la fin de l'accord nucléaire iranien — Rex Tillerson limogé

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Ce remaniement n'est pas en soi surprenant.

Rex Tillerson et Steve Goldstein sont les plus récents membres de l'équipe Trump à quitter le navire.

Aussi prévisible que pût être le congédiement de Rex Tillerson, il avait malgré tout ce statut d'"adulte dans la pièce", un de ces rares hommes crédibles et compétents en qui les Américains et le reste de la planète pouvaient compter pour encadrer le caractère impulsif du président.

De quoi forcément mener les deux hommes au clash. Il a quitté le navire le 31 juillet après 189 jours, face au manque de soutien de son chef. "Merci à Rex Tillerson pour ses services!", a lancé M. Trump. "J'ai hâte de me reposer", a déclaré à l'AFP le sous-secrétaire d'État en commentant son propre départ. Quand on pense à l'accord iranien, je pense qu'il est très mauvais, et je crois qu'il pense qu'il est correct.

" Nous avons la même façon de penser ", a dit de lui, avant-hier, le président Trump, évoquant des " atomes crochus depuis le début ". Selon toute vraisemblance, le 12 mai, Donald Trump appliquera à nouveau les sanctions américaines contre Téhéran, levées dans le cadre de l'accord, si l'Europe n'arrive pas à obtenir plus de concessions de la part de Téhéran concernant son programme balistique et son hégémonie régionale.

" Cela correspond tout à fait à ce que nous avons vu ... nommer des personnes occupant des postes élevés, pour le moins controversés - non seulement en termes de points de vue, mais aussi en termes d'adhésion à l'éthique et au droit fondamentaux dans le droit américain et international contre la torture", a-t-il déclaré.

Tenant d'une stratégie de pression maximale sur Pyongyang, Mike Pompeo aura également à gérer la nébuleuse question iranienne, étant entendu qu'avec lui un détricotage de l'accord nucléaire redevient plus que jamais d'actualité.

L'éviction de Tillerson pourrait donc avoir des conséquences directes sur les rapports, déjà houleux, entre les Etats-Unis et l'Iran. M. Pompeo, qui va superviser les discussions à venir avec la Corée du Nord, a par le passé " fait pression pour un changement de régime et a même fait allusion à l'assassinat du président nord-coréen", rappelle, inquiet, le quotidien.

Le directeur des affaires politiques du département d'Etat, Brian Hook, est attendu vendredi à Vienne pour une réunion consacrée à l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien.

Dans l'intervalle, la ministre Chrystia Freeland, qui s'est vu confier le dossier des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis par le premier ministre il y a 14 mois, devra continuer de négocier avec le secrétaire au Commerce Wilbur Ross (dossier du bois d'oeuvre) et le représentant au Commerce Robert Lighthizer (dossier de l'ALENA), décrits comme les hérauts du protectionnisme américain par plusieurs observateurs. John Kelly, son chef de cabinet, serait également au bout de ses astuces pour empêcher la Maison-Blanche de retomber dans le fouillis dans lequel elle se trouvait au cours des six premiers mois de 2017. La décision de Tillerson de ne pas se rendre en Israël lors de sa tournée en Égypte, en Jordanie et au Liban plus tôt cette année a été considérée par certains comme un abandon de l'État juif. M. Tillerson et son équipe, épaulés par le ministre de la Défense Jim Mattis, ont appelé M. Trump à écouter les Européens qui tentent de préserver l'accord tout en le renforçant. Le chef du département d'Etat a la responsabilité de quelque 70.000 diplomates, fonctionnaires et contractuels disséminés dans plus de 250 ambassades et consulats à travers le monde. Mais peut-on parler pour autant de politique erratique? "Mais il suffit d'un tweet de Trump pour tout changer", avance la source diplomatique anonyme précédemment citée.

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