"Mon silence ne fait pas de moi un criminel" — Procès Salah Abdeslam

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Assis sur le banc des prévenus, encadré par deux policiers des unités spéciales belges - deux hommes sur-entraînés, cagoules sur la tête, tourné vers l'accusé, regards fixes, scrutant le moindre geste, prêts à réagir.

"Je ne souhaite pas répondre aux questions".

Son coprévenu Sofiane Ayari, complice de sa fuite après la fusillade du 15 mars 2016 dans la commune bruxelloise de Forest, se retrouve seul face au tribunal pour ce deuxième et sans doute ultime jour de procès.

Salah Abdeslam, 28 ans, est le fils de parents maghrébins qui ont obtenu la nationalité française. C'était le 15 mars 2016, quelques jours avant son arrestation.

Salah Abdeslam demeure silencieux pour ne pas offrir d'autres pistes aux policiers. Puis lors des différentes auditions, menées les 20 mai 2016, 7 juillet 2016 où il a refusé d'être extrait de sa cellule. Il souhaitait peut-être donner cette image "du guide, du martyr, qui aurait pris de la bouteille", a relevé Michaël Dantinne, professeur de criminologie à l'université de Liège (est de la Belgique). Quand la juge lui demande pourquoi il est venu si c'est pour ne rien dire sur les faits qui lui sont reprochés, il lance alors: "Je suis venu parce que vous me l'avez demandé". "Tout devient dérogatoire, mais ce qu'on attend du tribunal, ce n'est pas une réflexion dérogatoire, c'est la norme et non pas le 'hors norme'", a-t-il précisé en référence à une expression qui a été régulièrement utilisée depuis le début du procès. Je garde le silence.

"Le silence est ma façon de me défendre, c'est mon droit". J'aimerais que ce soit sur ces preuves qu'on se base et pas sur l'ostentation ou sur ce que pense l'opinion publique. Ce que je constate, c'est que les musulmans sont traités de la pire des manières. L'article 6 de la Convention européenne des droits de l'Homme et la loi de 2014 en France énoncent "un droit " qui ne devrait pas l'être en tant que tel. C'est l'évidence que ce ne sont pas des innocents qui l'invoqueraient; quant à ceux qui s'en prévalent, c'est à des fins dissimulatrices ou provocatrices qui ne font que renforcer les présomptions de participation ou complicité aux faits incriminés.

La magistrate: "On n'est pas là avec des préjugés".

"Je témoigne qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son serviteur et son messager", a-t-il déclaré. "Je ne mets ma confiance qu'en Allah". Je n'ai pas peur de vous, ni de vos alliés. Pour l'avocat, Salah Abdeslam "vient se présenter aujourd'hui comme une victime de la justice, qui explique qu'il est maltraité et que, dans ces conditions-là, il va se taire".11h40: Selon la journaliste de "20 minutes" Hélène Sergeant sur Twitter, la présidente a proposé de suspendre l'audience pour le déjeuner et de la reprendre à 13h30.

C'est Sofiane Ayari qui est interrogé en premier par la juge. Toute l'année 2015, il n'a cessé de se rendre en Grèce et dans des pays d'Europe centrale au côté d'Abdeslam, pour y chercher les futurs membres des commandos. Mais là aussi, silence du prévenu.

Puis il refuse de répondre aux autres questions sur ce sujet.

Abdeslam avait été transféré à la fin d'avril 2016 à Fleury-Mérogis, en région parisienne, où il a toujours été maintenu à l'isolement, sous vidéosurveillance 24 heures sur 24. Elle a jugé que leur détermination témoignait d'un "ancrage sévère dans l'idéologie" du groupe Etat islamique (EI). Leur intention n'était pas que de rester: leur volonté était d'attaquer et combattre l'ennemi.

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